Psychologues : un service public ou une prestation de luxe ?
À une époque où l’on parle de plus en plus de souffrance mentale, d’anxiété généralisée, de burn-out et de dépression, la figure du psychologue s’impose comme un repère essentiel. Pourtant, derrière cette reconnaissance croissante de leur utilité sociale, se cache une réalité beaucoup plus inégalitaire : le psychologue est-il un professionnel de santé accessible à tous, comme un médecin généraliste, ou bien réservé à ceux qui peuvent se l’offrir ?
Autrement dit, le psychologue relève-t-il du service public ou d’une prestation de luxe ?
Un professionnel reconnu, mais à part dans le système de santé
Les psychologues jouent un rôle crucial dans l’accompagnement des souffrances psychiques. Contrairement aux psychiatres, ils n’ont pas de formation médicale mais sont spécialistes du fonctionnement psychique et émotionnel. Leur mission : écouter, analyser, soutenir, accompagner, sans prescrire de médicaments.
Mais malgré leur rôle central, les psychologues sont encore peu intégrés dans le parcours de soins conventionné :
En libéral, leurs consultations ne sont que très partiellement remboursées (voire pas du tout).
Dans le secteur public (hôpitaux, CMP, écoles), leur présence est souvent limitée par des manques de postes et des moyens insuffisants.
Les dispositifs publics comme MonPsy, lancés pour rendre leurs services accessibles, restent très encadrés (nombre de séances limité, sélection de patients, rémunération basse des professionnels).
Le résultat est clair : le psychologue est reconnu dans le discours, mais pas traité comme un acteur à part entière du service public de santé.
Des soins réservés à ceux qui en ont les moyens ?
Pour beaucoup, la consultation chez un psychologue reste un investissement conséquent. En libéral, les tarifs varient entre 50 et 100 euros la séance. Or, la plupart des thérapies nécessitent plusieurs semaines, voire plusieurs mois de suivi régulier.
À ce tarif-là, les personnes précaires, les étudiants, les familles nombreuses ou les personnes âgées renoncent souvent à se faire accompagner. Le paradoxe est cruel : ceux qui ont le plus besoin de soins psychologiques sont aussi ceux qui ont le moins de chances d’y accéder.
À l’inverse, ceux qui ont les moyens économiques peuvent choisir leur thérapeute, leur approche (TCC, psychanalyse, thérapie systémique…), et bénéficier d’un accompagnement sur mesure. La santé mentale devient alors une prestation à deux vitesses.
Quel rôle pour l’État ?
Si la santé mentale est un enjeu public, l’accès aux psychologues ne devrait pas dépendre du portefeuille. Pour sortir de cette logique de marché, plusieurs chantiers s’imposent :
Intégrer les psychologues dans le service public au même titre que les autres professionnels de santé.
Revaloriser leurs conditions de travail et de rémunération, pour éviter la fuite vers le secteur privé.
Développer les consultations remboursées, sans conditions restrictives.
Renforcer leur présence dans les lieux stratégiques : écoles, universités, entreprises, hôpitaux, maisons de santé…
Cela nécessite de reconnaître pleinement la santé mentale comme un pilier de la santé globale, et les psychologues comme des acteurs clés du bien-être collectif.
Entre service public inachevé et marché privé inégalitaire
Aujourd’hui, le psychologue oscille entre une figure du soin et une figure du luxe. Si son rôle est de plus en plus salué, l’organisation actuelle du système de santé ne permet pas d’en faire un service public effectif et universel. La santé mentale, pourtant essentielle, reste traitée comme un domaine secondaire, dépendant des ressources individuelles.
Pour sortir de cette impasse, il faut trancher : souhaite-t-on que la psychologie soit un droit pour tous ou un service réservé à ceux qui peuvent payer ? La réponse à cette question engage notre vision de la santé, du soin et de l’égalité sociale.